“Les confessions de Cioran” – Garcin JÉRÔME

L’EXPRESS, 20 avril 1995

Dans un livre d’entretiens, à paraître le 3 mai aux éditions Michalon, le très secret E. M. Cioran se confie. Extraits.

Né sceptique en Transylvanie, E. M. Cioran mourra sceptique en France: entre-temps, il aura travaillé à élever ce doute ontologique à la hauteur d’un aphorisme philosophique et se sera appliqué à différer chaque jour, sur le papier, sa propension au suicide. Voici quatre-vingt-quatre ans que Cioran est un démissionnaire en rémission; l’aquarelliste inconsolable d’un désastre prolongé; un moraliste sans illusions.

A l’instar de ses amis disparus, Michaux et Beckett, qui aspiraient au silence à la fin de leur vie, E. M. Cioran, malade, lassé de «calomnier l’univers», n’écrit plus depuis plusieurs années. Il s’est retiré «Sur les cimes du désespoir» où Dieu est absent, et vers lesquelles toute son oeuvre d’imprécateur est tournée. Quelle oeuvre! Une magistrale leçon de ténèbres dont le style emprunterait au siècle des Lumières. Une méditation obstinée sur le néant où l’humour noir ajoute à une impitoyable lucidité. Ce que Sylvie Jaudeau appelle si bien une «théologie négative». Du «Précis de décomposition» aux «Syllogismes de l’amertume», de «La Chute dans le temps» à «De l’inconvénient d’être né», ce fils d’un pope moldave, devenu en exil l’un des plus grands écrivains français, a fait de ses souffrances, et de son impuissance à les dompter, la plus belle revanche de l’homme «sur une création bâclée».

Fidèle à lui-même, vivant en misanthrope dans une soupente de la rue de l’Odéon, E. M. Cioran s’est toujours gardé de participer à la vie littéraire qu’il ne méprise pas, puisqu’elle l’indiffère: toute sa vie, il a refusé les prix de saison et fui les médias, préférant la compagnie des présocratiques, de Joseph de Maistre et de Kierkegaard, au commerce de ses contemporains. Les entretiens qu’il a bien voulu accorder sont très rares. Celui dont L’Express publie des extraits en exclusivité a été enregistré et filmé à Paris, dans l’appartement de Cioran, au mois de juin 1990, et accordé à son compatriote Gabriel Liiceanu. Il paraîtra le 3 mai aux éditions Michalon. En outre, dans un long préambule illustré de documents iconographiques inédits, Liiceanu retrace fort bien l’itinéraire de cet aristocrate du doute.

Parallèlement, Gallimard réédite, dans sa nouvelle collection Quarto les principaux essais de l’écrivain (sortie le 12 mai) et rassemble dans un autre volume les «Entretiens» (sortie le 3 mai) que, depuis vingt-cinq ans, l’auteur du «Bréviaire des vaincus» a bien voulu concéder à quelques amis et journalistes – pour la plupart étrangers. «La littérature, a souvent dit Cioran, doit tout bouleverser, tout remettre en question.» Les textes que nous publions peuvent prétendre à cette ambition… [+]

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