« Cioran : de la sexualité à la sainteté » (Matthias Ling)

Les Armes Miraculeuses, 14 septembre 2015

Lorsque l’on pense à l’écrivain roumain Emil Michel Cioran, c’est non pas ses divagations sur l’amour, mais davantage celles qui ont trait au désespoir, qui retiennent l’attention du lecteur. Il est vrai que la majorité de ses écrits convoquent directement ce sentiment. Lui-même l’a revendiqué dans ses cahiers, ainsi que dans ses entretiens : sa volonté d’écrire est principalement issue du désespoir, de cet état d’abattement extrême dont on ne peut que provisoirement s’extirper. En somme c’est peu ou prou au désespoir que Cioran doit toute son inspiration. Cioran est un classique du désespoir.

Dès lors comment intégrer Cioran, auteur fragmentiste, au regard féroce et lucide, au style lapidaire et laconique dont l’œuvre n’est constituée d’aucun vers, dans le cadre d’un tel colloque ayant pour thématique le désespoir amoureux. L’écriture de Cioran échappe à tout débordement, à toute exaltation, à toute plainte amoureuse, et même si on décèle un certain lyrisme, voire une explosion lyrique par instants – dans ses premiers écrits en langue roumaine- on ne peut pas dire que Cioran soit le mieux placé pour évoquer le désespoir amoureux. Pourtant il suffit d’ouvrir quelques-uns de ses recueils d’aphorismes pour constater que Cioran, contre toute apparence et malgré une fréquentation assidue des maisons de tolérance, fournit quelques points intéressants sur la thématique de l’amour et, à plus forte raison, du désespoir amoureux.

Au préalable nous pouvons brièvement distinguer les trois degrés de l’amour : Eros (Désir), Philia (Charité) et Agapè (Amitié) – ces termes devraient faire l’objet d’une définition plus pointue mais le temps nous fait défaut. La première forme d’amour, à savoir « Philia », est battue en brèche par Cioran – l’amour chrétien ou l’amour du prochain est une chose impensable pour lui[1]. En revanche lorsqu’il parle d’amitié, Cioran est plus mesuré. Il dit qu’elle est « une source inépuisable de désappointement et de rage, et par là de surprises fécondes dont il serait déraisonnable de vouloir se passer. »[2] Ceci étant, dans le cadre de notre séminaire, c’est évidemment l’amour compris au sens d’Eros dont nous devons nous soucier. Le regard que Cioran porte sur cette façon d’aimer est extrêmement nuancé. Il oscille entre attrait et dégoût, entre froide admiration et mépris. Cioran est tiraillé face à ce phénomène équivoque, extraordinaire et banal qui relève à la fois du profane et du sacré… [+]

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