“Les twitts d’Emil Michel Cioran” (Jean-Marie André)

HEGEL – HEpato-GastroEntérologie Libérale, 2015/4 (N° 4), January 2015, INIST-CNRS, pages 321 à 328.

Cioran, la passion de l’absolu dans une âme sceptique…

Jean Depotte

Emil Michel Cioran naît en 1911 à Rasinari, village de Transylvanie qui deviendra la Roumanie, d’un père pope orthodoxe et d’une mère athée. Il évoque sans cesse le paradis de cette enfance. Très jeune, il développe une vision pessimiste du monde. Dans la fin d’un empire qui aura dominé l’Europe centrale, Cioran y verra la préfiguration du déclin de l’Occident. En 1921, ce bonheur prend fin. Son père le conduit au lycée de Sibiu où il côtoie Roumains, Hongrois et Allemands. Sept ans plus tard, il part à Bucarest. À cette époque, le sommeil le fuyant, il transforme ses insomnies en un formidable moyen de connaissance car « on apprend plus dans une nuit blanche que dans une année de sommeil ». En 1928, il rentre à la faculté de Bucarest et se rapproche du mouvement fasciste de « la garde de fer » qu’il rejettera très vite. Après un séjour à Berlin, le voici professeur de philosophie au lycée de Brasov pour l’année 1936-37. Le jour de son départ, le directeur se soûlera… de soulagement !

En 1937, une bourse lui permet d’aller préparer sa thèse à Paris. Thèse dont il n’écrira pas le premier mot. Les années suivantes sont consacrées à de très longues randonnées à vélo dans toute la France. A Paris, il vit pauvrement, mais sans contraintes. Il se voit dans une impasse et adopte le français. En 1947, Gallimard accepte le Précis de décomposition, les critiques sont excellentes mais le public ne suit pas. Peu à peu le couvercle se soulève. Le public découvre Les syllogismes de l’amertume et La tentation d’exister. Les chiffres de vente décollent enfin. À Paris, Cioran mène la vie d’un étudiant pauvre, aidé par le salaire de professeur d’anglais de Simone Boué, compagne de toute une vie. Durant ses dernières décennies, il habitait un appartement au 6e étage sans ascenseur qui n’y fut installé, qu’à la toute fin de sa vie.

Dans ses livres, Cioran constate la « morne insignifiance de toutes choses » en évoquant lui-même « la passion de l’absolu dans une âme sceptique ». Il est constamment écartelé entre une aspiration à l’absolu et une inclination au scepticisme, car « n’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi » dans « la morne insignifiance de toute chose ». « Tous mes livres sont des suicides manqués » avoua-t-il à sa compagne. Il attribuait à la musique un véritable pouvoir et fut l’auteur du célèbre aphorisme, « s’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu ». Très ami de Samuel Beckett et d’Henri Michaux, il aimait dire qu’il « exècre cette vie que j’idolâtre ». Petit à petit, les ventes décollent. Mais obscur ou connu, Cioran continuera à fuir les médias. Il publiera Aveux et anathèmes en 1987. Ce sera son dernier livre. Il meurt de maladie d’Alzheimer en 1995. Sa compagne sera retrouvée morte deux ans plus tard au pied d’une falaise. Ils sont inhumés tous les deux au cimetière Montparnasse.

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