“Cioran, un philosophe roumain sceptique à Paris” – Elena Adriana DOBRINOIU

Le Petit Journal, 27/04/2020

Je ne crois en rien, Je n’ai aucune certitude, Je doute de tout – De l’ordre de ce monde

Je fais des recherches sur la Librairie Rieffel – l’endroit où Cioran est venu étudier et écrire. J’essaie de comprendre, aujourd’hui, comment le philosophe essayait rigoureusement d’adhérer à la philosophie sceptique, comme Camus, offrant aux lecteurs une sorte d’évasion de la « cage de fer de la modernité ». Et je me pose la question : comment admettre les effets d’une conscience temporelle, qui est aussi une question centrale d’éthique ? Enfin, le travail de Cioran décrit à quel point ces effets sont complexes et comment ils sont confondus avec la plupart de nos idées sur la bonté, la justice, le progrès. Émile (Emil) Cioran a été influencé par Bergson puis par Nietzsche. Cioran lui-même ne pouvait pas toujours se définir comme un sceptique pointu, ayant des doutes sur lui-même, étant même contradictoire, bien que la gravité sans aucun doute dans ce domaine :

« Mon attitude envers le scepticisme n’est pas très claire pour moi. Je n’écrivais pas trop, mais je parlais souvent en sceptique. Je suis peut-être un faux sceptique, même si je me considère comme un vrai. Si je regarde mon tempérament, je ne suis pas, comme vous pouvez le voir, un vrai sceptique. Un sceptique est un homme froid, soumettant chaque chose à une analyse approfondie. Le scepticisme a joué un grand rôle pour moi, dans la mesure où, quand et quand, il m’a adouci. Le doute universel peut être un moyen de calmer. Si vous êtes convaincu qu’il n’y a aucune certitude, le doute est inévitable. J’en doutais moi-même, ce qu’aucun sceptique ne fait. Le sceptique est quelqu’un qui a de la distance avec ses idées et ce qu’il est. Il doute de tout, mais il est maître de lui-même. Il est aux commandes. Ce n’est pas mon cas. Et si j’avais des raisons d’être désespéré, mon doute était mon salut. C’est pourquoi j’ai une si grande faiblesse pour elle, et en lui étant reconnaissant, je me suis toujours fait une profession de foi en elle ; Je suis toujours resté fidèle … »

Dans ses livres, nous rencontrerons souvent des généralisations telles que « Je ne crois en rien », « Je n’ai aucune certitude », « Je doute de tout », que nous devons comprendre avec la déclaration « Dans l’ordre de ce monde », sinon nous finirons par faire de lui qu’un sceptique inconsistant. Beaucoup auraient souhaité le contraire, pensait-il différemment, et à partir de là, il peut commencer la recherche de ses certitudes. De plus, il nous a lui-même parlé de ses obsessions, des obsessions qui l’ont finalement conduit à certaines croyances, comme celle présentée dans la première partie de cet essai, concernant l’écriture : l’écriture est une thérapie, une libération ; ou comme c’est celle qui fait référence à l’histoire, sa préoccupation la plus importante : l’histoire est une chute, un chemin continu vers le désastre humain, une poursuite vers la perdition. Dans les Carnets, il se considère comme « un esprit brisé glissé dans le scepticisme », « un sceptique et un passionné », « un sceptique déchaîné », un penseur « sous le charme du non », « un passionné déchu », un « un étranger à tout ce qui se fait sur cette terre », un « sceptique incomplet ».

Ces Carnets, témoins uniques de ses états, nous révèlent donc, tantôt comme un sceptique fort, déchaîné, viscéral, à vocation, un amoureux sans fin du doute, tantôt comme un sceptique faible qui s’échappe régulièrement pour l’expérience et la certitude… [+]

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