“L’exil, un art qui s’apprend. Postures d’étrangeté d’Emil Cioran et de Serge Moscovici” – Adrien Pasteger

Mémoire présenté par Adrien Pasteger en vue de lʼobtention du grade de Master en Philosophie à finalité approfondie. Sous la direction de Monsieur Grégory Cormann, Université de Liège, Faculté de Philosophie et Lettres, Département de Philosophie, 2020-2021. [PDF]

Je découvris lʼœuvre de Cioran il y a presque vingt ans, alors quʼune camarade de classe me glissait De lʼinconvénient dʼêtre né sous le manteau avec le conseil : « à lire avec détachement et recul ». Jʼétais alors occupé par des études du genre que lʼon poursuit par injonction familiale tacite et faute de pouvoir sʼarracher à certains déterminants socio-économiques, voire culturels. Cette rassurante poursuite dʼun cursus donna lʼimpression – sinon à moi, du moins à mes proches – que jʼaccomplissais un tant soit peu quelque chose. Elle portait une promesse concrète dʼun avenir professionnel délimité. Je me destinais, malgré moi, à un métier de travailleur social. Cette orientation constituait pourtant pour moi un type de choix que lʼon fait lorsquʼon est mal accompagné – ou pas accompagné du tout – et quʼon ne se connaît pas encore suffisamment soi-même. Lʼéducation spécialisée était une profession que je nʼavais jamais désirée et qui nʼa jamais trop voulu de moi : je suis trop intellectuel pour trouver un épanouissement dans ses actions répétées et dans ses gestes techniques. Je ne suis guère convaincu par les intimations édictées par une bureaucratie qui gère les subventions et attend en retour un traitement des symptômes du mal-être social dans les délais prescrits. Je ne suis pas fait pour participer à la gestion de la misère sociale alors même que je suis persuadé quʼil faudrait plutôt poser une réflexion sur les conditions dʼémergence de celle-ci. Je pris cette direction professionnelle avec lʼimpression, dès le départ, que jʼempruntais lʼaiguillage dʼune vie parallèle en mʼinscrivant dans un monde qui nʼétait pas le mien. Je dérivais à lʼécart dʼun parcours potentiel, tracé dans ma tête, qui devait passer par lʼuniversité, lieu désigné de lʼépanouissement de toute démarche intellectuelle. Je vins à idéaliser ce parcours manqué dans ma construction identitaire sans en avoir défini concrètement les traits, en me jurant de me racheter un jour. Ce mémoire est lʼaboutissement de cette rédemption personnelle, même si je réalise assez tragiquement quʼil ne sʼagit pas tant de me racheter – comme je le croyais naïvement jusque-là – que de payer autrement : par dʼautres efforts et dʼautres investissements pour faire face à dʼautres limites et dʼautres inaccomplissements… [+]

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