Vacances d’été à Ibiza avec le philosophe Emil Cioran – Franck Olivar

FranceInter, 18 juin 2021

Que diriez-vous pour vos vacances d’été d’un petit séjour à Ibiza avec pour guide le philosophe roumain Emil Cioran ? Durant l’été 1966, Emil Cioran séjourne à Talamanca, village de l’île où en proie à une crise intense, entre insomnies et émerveillements, il rédige un cahier consignant ses coups de blues et de cœur.

Oubliez bains de soleil et mojitos, les « beach clubs » et les « closing party » ce n’est pas le genre de vacances du philosophe roumain Emil Cioran.

Étant toute l’année en état de vacance, quand les vacances proprement dites arrivent, je réalise mieux que d’habitude le vide dans lequel je vis : c’est le vide au second degré, et dont on est conscient à chaque instant, le vide officiel de mon existence.

Ces réflexions extraites de son Cahier de Talamanca, esquissent le portrait d’un philosophe nihiliste, désespéré par ses contemporains et l’existence, à la psychologie et physiologie éprouvées par l’iniquité et l’inanité d’un monde dont il prophétisait l’anéantissement imminent dans chacun de ses ouvrages. Et pourtant ceux qui ont connu Emil Cioran, décrivent un homme charmant et drôle, tout l’opposé du sombre prédicateur de ses écrits.

Ces réflexions extraites de son Cahier de Talamanca, esquissent le portrait d’un philosophe nihiliste, désespéré par ses contemporains et l’existence, à la psychologie et physiologie éprouvées par l’iniquité et l’inanité d’un monde dont il prophétisait l’anéantissement imminent dans chacun de ses ouvrages. Et pourtant ceux qui ont connu Emil Cioran, décrivent un homme charmant et drôle, tout l’opposé du sombre prédicateur de ses écrits.

Le Cahier de Talamanca

Verena von der Heyden-Rynsch précise dans la préface des Cahiers de Talamanca rédigé par le philosophe lors de son séjour à Ibiza entre le 31 juillet et le 25 août 1966, qu’Emil Cioran était « l’homme de trois patries : celle de son enfance, la Roumanie, celle de sa langue, la France et celle de son âme, l’Espagne ». Une Espagne qui le bouleverse lorsqu’il arpente les petites rues de sa villégiature estivale :

14 août. Tout à l’heure, en montant le chemin pour rentrer, j’ai entendu une rengaine espagnole, telle qu’on en entend tous les jours à la radio d’ici, et la nostalgie qui s’en dégageait, ou que j’en extrayais, m’a presque amené au bord des larmes. En Espagne, la nostalgie est chez elle, toute la vie y est souterrainement traversée par un courant de regrets et d’appels déchirants, de lamentation chantante, de pleurs mélodieux. 

Cette “forme de mélancolie permanente… qui est une sorte d’ennui raffiné, le sentiment d’un exil irrévocable.” propre à l’Espagne, touche particulièrement Emil Cioran car ce sentiment prégnant résonne singulièrement dans l’intimité du philosophe qui fût interdit de séjour dans son pays d’origine à partir de 1946, année à partir de laquelle il devient apatride. Cet exil au long cours de sa Roumanie natale à partir de 1937 suscita chez lui une forme de nostalgie teintée de révolte contre cette mère patrie qu’il chérissait tant… [+]

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