“L’incertitude du sujet dans un contexte de désenchantement du monde: Émile Cioran, figure-type de l’homme désemparé” – Francis BOILARD

Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en Sociologie, Université du Québec à Montréal, mai 2010

Ce mémoire propose une lecture sociologique de l’œuvre de maturité d’Émile Cioran (1911-1995), qui s’entame avec son Précis de décomposition (1949) et se termine avec Aveux et Anathèmes (1987). Mon objectif est double. D’une part, je veux brosser un portrait du monde dans lequel un écrivain comme Cioran a pu émerger, après la Deuxième Guerre mondiale et non avant, en Occident et non ailleurs. Et partant de l’idée que Cioran est façonné par un monde qui l’influence, j’en fais aussi un révélateur de notre culture. Comme cette culture est la nôtre, j’estime que nous pencher sur Cioran peut nous aider à réfléchir sur nous-mêmes.

Afin de faire la sociologie de Cioran, j’ai construit un cadre théorique qui s’appuie sur les travaux de Marcel Gauchet, de même que sur des sociologues classiques dont Max Weber, Georg Simmel et Émile Durkheim. Avec ces auteurs, j’aborde des concepts tels que la crise des idéologies dans un monde désenchanté, la perte de liberté et la perte de sens, la crise de la culture… De même, je traite de la montée de l’individualisme, de la fragilisation du croire, du cynisme et du blasement contemporain et pour finir, du suicide.

Ce cadre étant posé, je le reprends pour analyser le « personnage Cioran », que je prends soin de distinguer de l’homme réel. Puisant dans l’héritage de la sociologie compréhensive, j’aborde Cioran par une approche idéaltypique : je sélectionne des fragments de son œuvre pour construire une figure-type de l’« homme désemparé ». Ma thèse est la suivante: en tant que sujet, Cioran est profondément déchiré, dans ce qu’il est et dans ce qu’il veut.

La division de Cioran prend forme de tensions, d’oscillations, de conflits et de contradictions (que je dissèque dans ma partie analytique). Mon analyse de Cioran gravite autour des thèmes suivants: le temps, le savoir, l’action, les autres, la solitude, le suicide et le renoncement. J’en arrive à cette conclusion: Cioran ne sait pas ce qu’il veut car il ne sait pas qui il est. Et s’il ne sait pas qui il est, c’est parce qu’il vit dans une époque qui a fait de lui un « sujet »

Mots clés: Cioran, désenchantement, modernité, culture, cynisme, désespoir, suicide.

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