“De Dada au Surréalisme ou l’«idiotie pure» au suicide” – Benjamin FONDANE

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Cette puissante Europe, quand le délire la prend, on ne comprend mot de ce qu’elle dit. Il faut bien soumettre ses rêves à une longue et laborieuse technique, jusqu’à ce qu’ils nous aient au moins révélé leur point de départ. Cette méthode tiendrait de la psychanalyse,  et rien n’explique mieux que cette figure dérobée à Freud, l’impuissance de l’Europe à sublimer consciemment sa libido morale et le double symptôme  qui triomphera d’elle : Dada et le surréalisme

On sait sur quoi repose l’intérêt passionné de la psychanalyse : c’est de traduire à force de volonté et de  patience l’inconscient en termes de conscient, l’incohérence en termes de cohérence. L’inconscient   n’est pour Freud qu’un dépôt de matériaux dont il faut fortement enrichir la conscience, et y faire tenir le plus possible de choses. Pourquoi M. André Breton alla-t-il à Vienne voir le Dr Freud ? Pourquoi s’étonna-t-il de le trouver si réservé, si froid ? Mais il n’y a pas de pire ennemi de la psychanalyse et de Freud que Breton et les surréalistes. Car Breton aime la maladie là où Freud invente une thérapeutique. Là où Freud s’esquinte pour convaincre le malade, Breton intervient qui le dissuade. Là où Freud s’efforce de faire passer sous la conscience telle obscure volonté, telle chose chiffrée, le surréaliste prêche au malade la résistance envers le médecin, la méfiance envers les méthodes, la beauté et la vertu de ce qu’il allait imprudemment guérir. Ramener toute conscience à l’inconscient ! Traduire  toute chose éveillée en termes de rêve ! se garder d’agir dans le réel ! et vive l’acte manqué ! telle est la doctrine des surréalistes. Il faudrait par une habile démonstration, faire voir à l’Europe ce que signifient ces symptômes, lui ouvrir les yeux sur sa neurasthénie qui l’empêche d’y réagir, lui éclaircir l’origine de ces traumatismes, l’encourager à chercher et à trouver une autre solution, que celle qui la faisait courir en toute hâte à sa perte.

Ce qui importe avant tout, certes, c’est de convaincre tout le monde que ni le mouvement Dada, ni l’école surréaliste qui en hérita, ne sont de courtes folies de quelques jeunes gens assoiffés de publicité, fumistes et bluffeurs. Il faut nous persuader d’abord que leur folie est fort réelle, et que nous sommes  aussi fous qu’eux. Bien avant que Dada ne fût né à Zurich, au café Voltaire, Dada existait non capté à l’état d’ électricité ; et les jeunes lettrés qui inventèrent le mot n’ont eu qu’à baptiser un contenu qui leur était familier, celui  de l’Europe de 1916. On prit Dada pour une école littéraire alors qu’il prétendait n’être qu’un état d’esprit, rien que « l’image grossière » d’un état d’esprit,  qu’il avouait simplement n’avoir pas inventé. M. Breton avouait aussi que du chaos volontaire de Dada ne pouvait sortir d’œuvre. On crut que Dada était  la chose nouvelle qui allait changer le monde, alors qu’il n’était qu’un effet ultime et douloureux d’un siècle de liberté et de déraison… [+]

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